Prochain Webinaire : Crypto-agilité, de quoi parle-t-on vraiment ? Inscrivez-vous.

La cryptographie est à la base de la confiance numérique 

Imaginez-vous un instant vous réveiller demain matin dans un monde où plus aucune signature numérique ne peut être validée. Les contrats électroniques, les transactions bancaires, les certificats SSL, les emails signés : tout devient suspect, invérifiable.

Votre réseau privé d’entreprise ? Une passoire.

Ce scénario catastrophe n’est pas de la science-fiction : c’est exactement ce qui se produirait si la cryptographie, cette fondation invisible de notre confiance numérique, venait à lâcher. Car contrairement à ce que beaucoup pensent encore, la cryptographie n’est pas qu’un élément parmi tant d’autres dans la boîte à outils de la cybersécurité. Elle en est la racine même, le point d’ancrage de toute confiance numérique et pourtant, elle reste l’un des angles morts les plus négligés de nos stratégies de sécurité. 

La cryptographie : l’angle mort historique de la cybersécurité 

Pendant des décennies, la cryptographie a été perçue comme un domaine à part, réservé à une élite de mathématiciens capables de jongler avec des nombres premiers et des courbes elliptiques. Cette barrière intellectuelle a créé une distance entre les praticiens de la cybersécurité et ce composant pourtant indispensable. Les RSSI se concentraient sur les firewalls, les antivirus, les politiques d’accès : des éléments tangibles, visibles, faciles à expliquer au conseil d’administration. 

La cryptographie, elle, était reléguée au rang de commodité technique. Une fois implémentée, on n’y pensait plus. Les algorithmes de chiffrement étaient considérés comme robustes et inviolables, nos données étaient parfaitement protégées. Cette perception d’inviolabilité a engendré un dangereux sentiment de sécurité. Après tout, si la cryptographie est incassable, pourquoi s’en préoccuper ? Il suffisait de l’activer et de passer à autre chose. 

Cette mentalité “set and forget” a relégué la cryptographie dans une zone d’ombre. Peu d’organisations savaient réellement quels algorithmes cryptographiques elles utilisaient, où ils étaient déployés, ou comment ils étaient configurés. La cryptographie fonctionnait en coulisses, invisible, oubliée, jusqu’à ce qu’elle ne fonctionne plus. 

La racine de confiance : comprendre le rôle central de la cryptographie 

Pour comprendre pourquoi la cryptographie mérite mieux que ce statut d’angle mort, il faut saisir son rôle de “root of trust”, racine de confiance. Dans l’architecture de la cybersécurité, la cryptographie n’est pas une brique parmi d’autres : elle est la dalle de fondation sur laquelle tout le reste repose. 

Pensez à un gratte-ciel. Les murs, les espaces, les fenêtres, les systèmes de ventilation sont importants pour l’habitabilité et l’usage du bâtiment, mais si les fondations cèdent, tout s’effondre. La cryptographie joue exactement ce rôle dans notre écosystème numérique. Elle assure trois fonctions critiques qui sous-tendent tous les autres mécanismes de sécurité : la confidentialité (personne ne peut lire vos données), l’intégrité (personne ne peut les modifier sans que vous le sachiez), et l’authentification (vous êtes bien qui vous prétendez être). 

Chaque connexion HTTPS, chaque VPN, chaque authentification multi-facteurs, chaque blockchain, chaque signature de code : tout repose sur des primitives cryptographiques. Sans cryptographie fonctionnelle, il n’existe plus aucun moyen fiable de prouver une identité, de protéger un secret, ou de garantir qu’un message n’a pas été altéré. C’est la racine de toute confiance numérique. Et comme toute racine, si elle pourrit, l’arbre entier meurt. 

Le scénario du collapse : quand la cryptographie lâche 

Que se passerait-il concrètement si la cryptographie venait à faillir ? Contrairement à une violation de données classique qui touche une organisation spécifique, une défaillance cryptographique constitue un risque systémique. L’effet domino serait dévastateur. 

D’abord, les signatures numériques ne prouveraient plus rien. Dans un monde où RSA ou ECDSA sont brisés, comment distinguer un document authentique d’un faux ? Un pirate pourrait signer des logiciels malveillants avec des clés apparemment légitimes. Les certificats de confiance des autorités de certification perdraient tout sens. Les contrats électroniques, les transactions financières, les ordonnances médicales électroniques : tout deviendrait sujet à caution. La répudiation deviendrait impossible à prouver. 

Ensuite, toutes vos données confidentielles deviendraient lisibles.

Les années d’emails chiffrés stockés dans le cloud? Accessibles.

Les bases de données médicales ? Exposées.

Les secrets industriels, les brevets, la propriété intellectuelle protégée par chiffrement ? Compromis.

Et ce n’est pas seulement le futur qui est en danger : c’est aussi le passé.

Des acteurs malveillants pratiquent déjà le “harvest now, decrypt later” : ils collectent des données chiffrées aujourd’hui en attendant de pouvoir les déchiffrer demain. 

Vos réseaux privés cesseraient d’être privés. Les VPN qui connectent vos employés en télétravail, les tunnels sécurisés entre datacenters, les communications inter-bancaires, tout devient pénétrable. Un attaquant pourrait s’intercaler dans ces communications, les lire, les modifier, sans que les systèmes de détection ne sonnent l’alarme. 

Les certifications de sécurité seraient instantanément invalidées. Votre conformité ISO 27001, votre certification SOC 2, vos attestations PCI-DSS, toutes reposent sur l’hypothèse que votre cryptographie fonctionne. Si elle ne fonctionne plus, vous perdez ces certifications, et avec elles, la capacité de faire des affaires avec de nombreux partenaires et clients. 

La réputation de votre organisation serait anéantie. Comment expliquer à vos clients que leurs données, que vous aviez promis de protéger, sont désormais exposées ? Comment restaurer la confiance ? Certaines entreprises ne s’en remettraient jamais. 

Enfin, les coûts seraient astronomiques. Il faudrait remplacer toute l’infrastructure cryptographique : hardware, software, certificats. Former les équipes. Gérer les litiges. Gérer la crise de réputation. Les analystes estiment que la transition vers la cryptographie post-quantique coûtera à elle seule des milliards à l’échelle mondiale. Imaginez le coût d’une transition d’urgence, dans la panique, après une compromission. 

L’impératif de l’inventaire avant la migration PQC

Face à cette menace, en particulier celle de l’informatique quantique qui pourrait briser nos algorithmes actuels dans la prochaine décennie, l’urgence est claire : nous devons développer une crypto-agilité, c’est-à-dire la capacité à changer rapidement d’algorithmes cryptographiques. Mais il y a un problème fondamental : on ne peut pas changer ce qu’on ne connaît pas. 

C’est ici qu’intervient la nécessité de réaliser un inventaire cryptographique. Avant même de penser à migrer vers de nouveaux algorithmes, les organisations doivent savoir exactement où se trouve leur cryptographie.

  • Quels algorithmes sont utilisés?
  • Dans quelles applications?
  • Sur quels serveurs?
  • Avec quelles clés ?
  • Quelle est leur date d’expiration?

Le défi est immense. La cryptographie se cache partout : dans les applications legacy que personne ne maintient plus, dans le shadow IT déployé par les métiers sans l’accord de la DSI, dans les API tierces dont on ne contrôle pas le code, dans les objets connectés oubliés au fond d’un placard. Certaines organisations découvrent qu’elles utilisent encore des algorithmes obsolètes comme MD5 ou SHA-1 dans des systèmes critiques, sans même le savoir.

L’inventaire cryptographique n’est pas qu’une formalité administrative. C’est la première étape indispensable d’une stratégie de résilience. C’est la cartographie qui vous permettra de naviguer dans la transition à venir. C’est le diagnostic qui révèle vos vulnérabilités avant qu’elles ne soient exploitées. 

En synthèse 

La cryptographie ne peut plus rester dans l’angle mort de la cybersécurité. Elle n’est pas une commodité qu’on active et qu’on oublie. C’est un actif critique qui doit être géré, surveillé, et maintenu avec le même sérieux que n’importe quelle autre infrastructure vitale. Car c’est elle qui porte toute notre confiance numérique. 

Le moment est venu de passer à l’action. Avant de pouvoir migrer vers la cryptographie de demain, il faut d’abord comprendre la cryptographie d’aujourd’hui. L’inventaire n’est pas optionnel : c’est la fondation de votre survie dans un monde où la racine de confiance est menacée. Parce que quand les racines lâchent, c’est tout l’arbre qui tombe. 


Vous souhaitez plus d'informations sur la société, nos produits, les programmes de partenariat ou encore les postes ouverts ?

Articles similaires

Testing PQC
Article de Blog

Tester la PQC avant de migrer : une étape incontournable

La migration vers la cryptographie post-quantique ne se résume pas à une simple mise à jour : elle implique une transformation en profondeur des systèmes, des performances et de la gouvernance. Cet article explique pourquoi les projets pilotes sont une phase incontournable. Découvrez comment une phase de test ciblée permet d’anticiper les impacts techniques, de valider les choix d’algorithmes et de préparer efficacement vos équipes à une transition réussie vers la cybersécurité post-quantique.

Voir l'article
Dora and NIS2
Article de Blog

DORA et NIS2 : Ce que la régulation européenne exige en matière de cryptographie post-quantique

Face à la menace quantique, l’Union européenne fixe un cap clair : les textes DORA et NIS2 demandent aux organisations de se préparer dès maintenant à la cryptographie post-quantique. Cet article explore les obligations réglementaires au travers du prisme de la cryptographie, les recommandations techniques concrètes et les étapes clés pour garantir conformité, sécurité et résilience.

Voir l'article
Cryptography discovery and inventory
Article de Blog

La découverte cryptographique : la première étape vers la résilience post-quantique

La cryptographie, à base de la sécurité numérique, est aujourd’hui fragilisée par l’émergence des technologies quantiques. Régulateurs et agences de cybersécurité convergent vers une exigence commune : découvrir et inventorier ses actifs cryptographiques. Une étape incontournable pour préparer la migration vers la PQC et renforcer dès maintenant sa cybersécurité.

Voir l'article

Face au risque quantique : adoptez la crypto-agilité